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Le magazine Vice raconte le quotidien des directeurs de casting de séries françaises à travers le témoignage de Mériem Amari, Juliette Ménager et Christophe Moulin. - Voici les extraits de l'article diffusé sur Vice sur "le quotidien des directeurs de casting de séries françaises" pour lequel Mériem, Juliette et Christophe ont témoigné de leur expérience et parfois de leur frustration vis-à-vis des ambitieuses séries concurrentes anglo-saxones.

Le magazine Vice raconte le quotidien des directeurs de casting de séries françaises à travers le témoignage de Mériem Amari, Juliette Ménager et Christophe Moulin.

Publié le 02/05/2019. Lu 379 fois.

Voici les extraits de l'article diffusé sur Vice sur "le quotidien des directeurs de casting de séries françaises" pour lequel Mériem, Juliette et Christophe ont témoigné de leur expérience et parfois de leur frustration vis-à-vis des ambitieuses séries concurrentes anglo-saxones.

Vice

Les CV de Christophe Moulin, Meriem Amari, Juliette Ménager ont de quoi affoler n'importe quel sériephile. Dans l'ombre, voilà parfois plus de vingt ans qu'ils guident réalisateurs et showrunners dans leur quête d'acteurs et d'actrices, les aidant à mettre un visage sur un personnage, ceux qui serviront de porte-drapeaux à leur série. Ces experts français bossent également sur des publicités et des longs-métrages, ils leur arrive même parfois de passer des castings de directeurs de casting, mais tous se sont taillés une solide réputation dans l'univers sériel.

Une expérience qui leur permet aujourd'hui de nous raconter les coulisses de leur métier, les conditions dans lesquelles ils l'exercent, leurs collaborations avec les réalisateurs ou encore les lacunes qui empêchent toujours la France d'être au niveau des Anglo-saxons, etc. On est donc parti à leur rencontre avec, comme seule restriction, de ne pas leur demander à qui il pense pour leurs futurs projets. Car, comme l'affirme Meriem Amari : « Me poser cette question, c'est attendre de moi une expertise livrée gratuitement. »

 

Meriem Amari

« J’ai une formation d’historienne de l’art, et j’ai passé un Master 2 de cinéma avec, comme thèse, le rapport au regard dans la filmographie de Clint Eastwood. » Tout a commencé en 2004 lorsqu'elle a appelé au culot la production des Égarés d’André Téchiné en se faisant passer pour une directrice de casting en région. « De là, tout est parti », se réjouit-elle.

Aujourd’hui, Meriem Amari écume les scènes ouvertes et les théâtres parisiens à la recherche d’acteurs amateurs. « Attention, “amateurs“ ne veut pas qu’ils soient dénués de talent. Ça signifie juste qu’ils n’en vivent pas forcément. » Elle sait de quoi elle parle : voilà plusieurs années qu’elle est en charge de la direction de casting de Plus belle la vie. Elle n’est pas la seule (« il y a un pool à Marseille, et je gère le reste depuis Paris avec Adèle Esposito »), mais l’expérience est formatrice : « Ça apprend à travailler en flux tendu, avec des séquenciers et des descriptions parfois un peu vagues sur les acteurs à trouver. La chaine recherche de nouveaux acteurs toute l’année, donc il faut avoir de l’imagination et avancer rapidement. »

Pour se faire une idée, Meriem Amari nous détaille la journée passée la veille de notre rencontre : « Je me suis levée à 7 h 22 pour mes enfants, puis je suis partie au bureau où j’ai passé des castings jusqu’à 18 h 30. Après, j’ai pris une heure pour prévoir le planning des jours suivants et j’ai filé au théâtre avant de rentrer chez moi à minuit. C’est rythmé, mais c’est une vie que j’ai choisi. » Une vie qui lui permet non seulement de connaître tout un tas d’expériences inédites - comme cette fois où elle est censée caster des corps pour effectuer des raccords…

Mais aussi de faire la rencontre de comédien.ne.s, qu’elle cherche partout et avec qui elle a parfois la chance de développer une longue collaboration : « Par exemple, j'ai souvent fait appel à Athéna Zelcovich pour des rôles de jolie fille, en lien avec son expérience de mannequin. Quand les producteurs de Plus belle la vie m'ont dit qu'ils recherchaient une punk à chien, j'ai immédiatement pensé à elle. Parce qu'elle est actrice avant tout. Ceux qui enferment les acteurs dans ces cases sont des snobs. Et moi, mon job, c’est de les convaincre de faire confiance aux comédiens. »

 

Juliette Ménager


Depuis son Joule Studio, immense et basé à quelques pas de Pigalle, Juliette Ménager alimente depuis plus de vingt-cinq ans un CV à faire jalouser la plupart de ses collègues. Dans le milieu, elle est d’ailleurs bien connue : « Elle est en quelque sorte l’archétype de la directrice de casting parisienne. On aime ou pas, mais elle est extrêmement compétente », raconte un collègue, resté anonyme. Elle est surtout délicieusement accueillante, souriante et pas avare en anecdotes malgré un planning que l’on imagine extrêmement chargé.

Comment pourrait-il en être autrement, quand on a géré le casting de Versailles et de tout un tas de séries américaines : Sex & The City, Les Sopranos, Gossip Girl, Jack Ryan ou Sense8. Pas des moindres, donc. Étonnant ? Pas vraiment à l’entendre : « Ça fait des années que j’ai une vision à 360 degrés de mon métier, ce qui me permet de travailler spécifiquement de l’international à partir de Paris. Aussi, j’ai vécu un temps aux États-Unis, donc je sais travailler à l’américaine. » Sur sa lancée, Juliette Ménager développe sa pensée : « C’est clair qu’on ne caste pas de la même manière aux États-Unis qu’en France. Ici, la personnalité de l’acteur est importante, on prend le temps de parler autour d’un café. À l’international, on est davantage dans le business. On se fiche de savoir si un acteur a des enfants ou à quelle religion il est affilié. C’est le character qui importe. »

Juliette Ménager l’affirme : elle n’est pas très « frenchy ». Et ça, on le ressent assez vite lorsqu’elle évoque les séries françaises, trop en retard sur le mode de production, trop éloignées de la culture des writer’s rooms chère aux Anglo-Saxons. « C’est bien simple, il n’y a que Dix pour cent et Le bureau des légendes qui luttent avec le marché américain. Ça fait peu… » Qu’importe : Juliette Ménager continue malgré tout de s’éclater dans son travail, partagé entre les fictions hollywoodiennes et les séries, entre les projets hexagonaux en quête de talents étrangers et les productions internationales à la recherche de talents français. C’est ainsi qu’elle a placé Carole Bouquet dans un épisode de Sex & The City (dans le rôle de Juliette Ménagou…). C’est ainsi que Louise Bourgoin a décroché un rôle dans The Romanoffs de Matthew Weiner.

C'est ainsi, enfin, qu’Arly Jover a pu intégrer la saison 2 de Sense8. Ce qui semble la réjouir : « L’intérêt d’une série, c’est que tu n’es pas obligée de prendre un acteur connu. La star, c’est le showrunner, le projet. Tu peux donc miser uniquement sur le talent. Mais pour ça, il faut savoir bosser différemment, avoir conscience qu’un acteur va être jugé via une vidéo par une personne assise dans un bureau à l’autre bout du monde ». Juliette Ménager nous emmène alors dans sa pièce réservée au shooting, prétend que « la série est en train de supplanter les autres formes de médias », explique qu’un acteur « est désormais sa propre marque, sa propre égérie », nous montre sa database (où se trouvent les premières vidéos de Cécile de France et Camille Cottin, entre autres) et conclut : « Notre métier, c’est de proposer du talent. Et pour ça, chacun à sa baguette magique, ses propres connexions. »

 

Christophe Moulin


Christophe Moulin est ce que l’on appelle un « ancien », un directeur de casting qui a connu l’époque où l’on convoquait les comédien.ne.s via des photos et où l’on envoyait les propositions par La Poste, faute de 4G. Sa première fois, c’était un casting sauvage pour Bar des rails de Cédric Kahn. Un coup de foudre : « Travailler sur un personnage qui n’existe que dans un scénario, lui donner une forme humaine, je trouve ça stimulant. »

 Depuis, Christophe Moulin s’est taillé une solide réputation dans le milieu : Avocats et Associés (sa première série), Clara Sheller, Les Hommes de l’ombre, Fais pas ci fais pas ça ou encore Engrenages. « À chaque fois, dit-il, l’objectif est le même : servir d’intermédiaire entre la production et les agents artistiques. Après, c’est toujours mieux quand on arrive aux prémices d’une série afin d’en créer le casting récurrent comme sur Engrenages. Audrey Fleurot, par exemple, était baby-sitter d’une de mes amies à cette époque. Elle avait raté plusieurs essais, mais ce rôle l’a complétement révélé. »

Ne pas croire pour autant que Christophe Moulin s’attribue tous les mérites. Il est conscient de n’être qu’un maillon d’une immense chaine et qu’un acteur se révèle avant tout grâce au réalisateur, à un rôle ou à un scénario. « Mon métier n’est pas créatif, je suis au service de quelque chose. Ça m’arrive même de distribuer des acteurs qui ne sont pas ma tasse de thé. »

« Le problème, poursuit-il, c’est que le milieu est devenu concurrentiel et que les nouveaux venus ont tendance à casser les prix du marché, établis par un syndicat. C’est dommage. D’autant qu’avec l’ARDA, l’association des directeurs de casting, on a déjà assez de travail pour être reconnu en tant que tel, et pas simplement comme responsable de direction artistique. »

Avec le temps, Christophe Moulin continue toutefois de multiplier les projets, payés à la semaine et selon le nombre de rôles à trouver. Avec la conviction que la série doit rester un laboratoire pour tester des acteurs peu identifiés. « Je peux comprendre qu’on ait besoin de stars pour inciter les gens à se déplacer au cinéma. Mais la série permet d’avoir un spectre beaucoup plus large. On peut chercher partout. Pour Engrenages, c’était même la demande de Canal + : trouver des acteurs inconnus du grand public. Tout simplement parce que les acteurs ne doivent pas être plus importants que la série. Il faut que leur personnage puisse continuer d’exister quoiqu’il arrive. »

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Mériem Amari, Juliette Ménager et Christophe Moulin

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